Le menthol sur la peau : questions & réponses
Cette série de questions-réponses a été élaborée à partir de l’article Aroma Deep Dive :
De Vuyst, G. (2026, 31 août). Le menthol sur la peau : illusion thermosensorielle et thermorégulation. Aroma Deep Dive. https://geertdevuyst.fr/deep-dive/id/30183/
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Le but de l’article présent est de poser des questions concrètes et d’y répondre en permettant une lecture plus aisée.
La liste complète des publications citées est disponible dans l’article Aroma Deep Dive.
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Ceci est un article pour les lecteur·rice·s « Formé·e ou avec expérience ». Cet article n’est pas destiné à se substituer à un avis médical professionnel, un diagnostic ou un traitement. Lisez les Conditions d’utilisation. Si vous débutez avec des huiles essentielles, lisez les Précautions d’emploi.
Stéréochimie du menthol
Pourquoi le menthol existe-t-il sous huit formes différentes ?
Le menthol existe sous huit stéréoisomères parce que sa molécule possède trois centres stéréogènes.
À chacun de ces centres, les groupes d’atomes peuvent adopter deux organisations spatiales. Avec trois centres, cela donne 2 × 2 × 2 = 8 arrangements possibles. Ces huit stéréoisomères sont regroupés en quatre paires d’énantiomères (Aribi-Zouioueche & Couic-Marinier, 2021 ; Dylong et al., 2022).
Les huit formes du menthol sont-elles huit énantiomères ?
Les huit formes du menthol ne sont pas huit énantiomères, mais quatre paires d’énantiomères.
Elles correspondent à quatre formes diastéréoisomériques : le menthol, l’isomenthol, le neomenthol et le neoisomenthol. Chacune de ces quatre formes existe sous deux énantiomères, qui sont images l’un de l’autre dans un miroir et ne sont pas superposables.
Entre deux formes différentes, comme le menthol et le neomenthol, cette relation d’image miroir n’existe pas. Ce sont alors des diastéréoisomères (Aribi-Zouioueche & Couic-Marinier, 2021).
Menthol, isomenthol, neomenthol et neoisomenthol : quelle est la différence ?
Le menthol, l’isomenthol, le neomenthol et le neoisomenthol ont la même formule brute, mais une organisation spatiale différente. Ce sont des diastéréoisomères.
Cette différence peut modifier leur interaction avec une cible biologique. Chen et al. (2022), en comparant cinq stéréoisomères du menthol, ont observé des différences dans l’activation de TRPM8 et dans leur mode d’interaction avec le canal.
Identifier précisément le stéréoisomère étudié peut donc être important pour interpréter son activité biologique.
Les indications R/S et les signes (+)/(−) donnent-ils la même information ?
Les indications R/S et les signes (+)/(−) décrivent deux propriétés différentes.
Les indications R et S décrivent l’arrangement spatial des groupes autour de chaque centre stéréogène, selon des règles de priorité conventionnelles. Elles permettent ainsi de définir sans ambiguïté la configuration absolue de ce centre.
Les signes (+) et (−), eux, indiquent le sens dans lequel une substance fait tourner le plan de la lumière polarisée. Le signe (+) ou (−) ne se déduit donc pas simplement de la configuration R/S.
Dans la paire principalement discutée dans l’article, le (1R,2S,5R)-(−)-menthol a pour énantiomère le (1S,2R,5S)-(+)-menthol.
Quand une analyse indique « menthol », s’agit-il forcément de (−)-menthol ?
Une analyse non chirale qui indique « menthol » ne permet pas d’établir qu’il s’agit de (−)-menthol.
Dans une huile essentielle de menthe poivrée, le (−)-menthol est la forme qui prédomine généralement. Une analyse non chirale ne permet toutefois pas de distinguer le (−)-menthol du (+)-menthol.
Une analyse chirale est nécessaire pour caractériser le profil énantiomérique de l’huile essentielle.
Deux huiles essentielles ayant la même teneur en menthol peuvent-elles contenir des proportions différentes de (−)-menthol et de (+)-menthol ?
Deux huiles essentielles peuvent présenter la même teneur totale en menthol tout en contenant des proportions différentes de (−)-menthol et de (+)-menthol.
La teneur totale en menthol et le profil énantiomérique sont deux informations distinctes.
Cette différence peut compter pour l’interprétation de l’activité biologique et pour l’évaluation analytique de l’authenticité.
Le (−)-menthol et le (+)-menthol agissent-ils de la même façon ?
Les données disponibles montrent une différence d’activation de TRPM8 entre le (−)-menthol et le (+)-menthol, mais elles ne permettent pas de généraliser cette différence à tous leurs effets biologiques.
Dans un modèle cellulaire exprimant le canal TRPM8 de la souris, la concentration efficace médiane était de 4,1 µM pour le (−)-menthol et de 14,4 µM pour le (+)-menthol. Le (−)-menthol était donc environ 3,5 fois plus puissant dans ce modèle (Behrendt et al., 2004).
La stéréochimie peut ainsi modifier l’interaction du menthol avec une cible biologique.
Pourquoi la stéréochimie du menthol est-elle importante ?
La stéréochimie du menthol est importante parce qu’elle peut modifier son interaction avec des cibles biologiques et parce que le profil énantiomérique du menthol peut contribuer à l’évaluation de l’authenticité d’une huile essentielle.
Des différences d’activation de TRPM8 ont été observées entre plusieurs stéréoisomères du menthol (Behrendt et al., 2004 ; Chen et al., 2022).
En analyse, le profil énantiomérique apporte une information complémentaire à la composition chimique globale. Un profil inhabituel peut constituer un indice d’une origine ou d’une modification différente de celle attendue, sans constituer à lui seul une preuve d’adultération (Aribi-Zouioueche & Couic-Marinier, 2021).
Authenticité et adultération
Une huile essentielle de menthe poivrée conforme aux spécifications ISO est-elle forcément authentique ?
La conformité aux spécifications ISO ne garantit pas, à elle seule, l’authenticité d’une huile essentielle de menthe poivrée.
Dans l’étude de Wang et al. (2024), 27 produits commerciaux présentaient des compositions énantiomériques situées en dehors des valeurs observées dans les huiles essentielles authentiques. Parmi eux, huit satisfaisaient pourtant aux spécifications ISO.
La conformité aux spécifications constitue donc un élément de l’évaluation de la qualité, mais elle ne suffit pas pour établir l’authenticité.
Une teneur en menthol conforme suffit-elle pour juger de l’authenticité d’une huile essentielle de menthe poivrée ?
Une teneur en menthol conforme ne suffit pas pour établir l’authenticité d’une huile essentielle de menthe poivrée.
La teneur en menthol ne représente qu’un paramètre de composition. Wang et al. (2024) montrent que d’autres informations peuvent contribuer à l’évaluation, notamment le rapport menthone/isomenthone et le profil énantiomérique.
L’authenticité doit donc être évaluée à partir d’un ensemble de données analytiques.
Une GC/MS conventionnelle permet-elle de détecter toutes les formes d’adultération d’une huile essentielle de menthe poivrée ?
Une GC/MS conventionnelle peut détecter certaines anomalies ou adultérations, mais elle ne permet pas nécessairement d’identifier les formes les plus sophistiquées.
Wang et al. (2024) ont combiné GC/MS conventionnelle, GC/MS chirale et outils chimiométriques pour évaluer des huiles essentielles authentiques et des produits commerciaux.
Ces méthodes apportent des informations complémentaires. Leur combinaison permet une évaluation plus complète de l’authenticité qu’un seul critère analytique.
Pourquoi faire une analyse chirale si la GC/MS conventionnelle détecte déjà le menthol ?
La GC/MS conventionnelle peut identifier le menthol sans renseigner sur la distribution de ses énantiomères.
Une huile essentielle naturelle possède une signature chirale liée à sa biosynthèse. Une distribution énantiomérique inhabituelle peut donc signaler une origine ou une modification différente de celle attendue (Aribi-Zouioueche & Couic-Marinier, 2021).
L’analyse chirale apporte ainsi une information complémentaire à la composition obtenue par une analyse conventionnelle.
Le (−)-menthol de synthèse est-il chimiquement différent du (−)-menthol produit par la plante ?
Le (1R,2S,5R)-(−)-menthol obtenu par synthèse est la même molécule que le (1R,2S,5R)-(−)-menthol produit par la plante.
Il reste donc la même molécule quelle que soit son origine.
Les procédés de synthèse peuvent cependant conduire à des profils stéréochimiques différents. Selon la voie utilisée, ils peuvent produire d’abord un mélange racémique qui doit être séparé ou conduire directement au (−)-menthol par synthèse asymétrique (Dylong et al., 2022).
Le rapport menthone/isomenthone peut-il aider à évaluer l’authenticité d’une huile essentielle de menthe poivrée ?
Le rapport menthone/isomenthone peut contribuer à l’évaluation de l’authenticité d’une huile essentielle de menthe poivrée.
Wang et al. (2024) l’ont identifié comme un bon indicateur pour l’authentification et la détection de l’adultération.
Ce rapport ne constitue toutefois pas une preuve suffisante à lui seul. Dans l’étude, il fait partie d’une approche combinant plusieurs informations analytiques.
Un profil énantiomérique anormal prouve-t-il à lui seul qu’une huile essentielle a été adultérée ?
Un profil énantiomérique anormal peut signaler une anomalie, mais il ne prouve pas à lui seul qu’une huile essentielle a été adultérée.
Wang et al. (2024) ont identifié des produits commerciaux dont la composition énantiomérique se situait en dehors des valeurs observées dans les huiles essentielles authentiques.
Le profil énantiomérique constitue donc un indice analytique important. L’évaluation de l’authenticité repose cependant sur un ensemble de données plutôt que sur un critère isolé.
Chaleur et refroidissement
J’ai très chaud. Le menthol peut-il réellement me refroidir ?
Le menthol peut produire une sensation de fraîcheur sans diminution correspondante de la température cutanée, et les données ne permettent pas de le considérer comme une méthode de refroidissement de l’organisme.
Il peut également modifier certaines réponses thermorégulatrices, notamment la sudation et les réponses vasculaires cutanées, mais leur direction et leur ampleur varient selon les conditions expérimentales.
Dans la méta-analyse de Keringer et al. (2020), le menthol améliorait la sensation thermique pendant l’exercice sans diminution significative de la température corporelle profonde.
Se sentir plus frais ne signifie donc pas nécessairement que l’organisme se refroidit.
Pulvériser un hydrolat de menthe poivrée refroidit-il réellement la peau ?
L’eau d’un hydrolat peut contribuer à un refroidissement physique de la peau lorsqu’elle s’évapore, mais cet effet n’a pas été quantifié pour la pulvérisation de quelques millilitres d’hydrolat.
McKenna et al. (2025) ont montré que des pulvérisations répétées d’eau réduisaient la température cutanée et limitaient l’élévation de la température corporelle profonde chez des adultes exposés pendant trois heures à une ambiance très chaude et sèche. Les quantités d’eau et les conditions expérimentales étaient toutefois très différentes de l’usage d’un hydrolat.
Le menthol éventuellement présent dans l’hydrolat peut, de son côté, contribuer à la sensation de fraîcheur sans produire un refroidissement cutané correspondant.
En période de canicule, mettre davantage d’hydrolat de menthe poivrée dans un bain de pieds permet-il de mieux se rafraîchir ?
Les données examinées ne permettent pas de déterminer si augmenter la quantité d’hydrolat de menthe poivrée dans un bain de pieds augmente la fraîcheur ressentie ou le refroidissement de l’organisme.
Aucune des études examinées n’a évalué directement un hydrolat de menthe poivrée utilisé dans un bain de pieds.
Les données montrant un refroidissement physique avec de l’eau concernent notamment des pulvérisations permettant l’évaporation à la surface de la peau. Elles ne permettent pas d’extrapoler cet effet à une immersion des pieds.
La quantité d’hydrolat permettant d’obtenir davantage de fraîcheur dans cet usage n’est donc pas établie.
Concentration, surface et fréquence d’application
Une concentration plus élevée de menthol produit-elle forcément une sensation de fraîcheur plus intense ?
Une concentration plus élevée de menthol peut accentuer la fraîcheur perçue, mais la relation n’est pas simplement proportionnelle.
Gillis et al. (2020) ont comparé des gels contenant 0,10 %, 2,00 % et 4,16 % de menthol. La fraîcheur perçue augmentait avec la concentration, avec un possible plafonnement de la réponse perceptive dès la concentration intermédiaire.
Il faut aussi distinguer la concentration du menthol dans une préparation de la quantité totale déposée sur la peau. Celle-ci dépend notamment de la quantité de produit appliquée et de la surface traitée.
Une augmentation de la concentration ne permet donc pas de prévoir une augmentation proportionnelle de la sensation de fraîcheur.
Appliquer du menthol sur une plus grande surface cutanée produit-il davantage de fraîcheur ?
La surface cutanée exposée peut modifier la réponse au menthol, mais une plus grande surface ne garantit pas une augmentation proportionnelle de la fraîcheur ressentie.
Le consensus de Barwood et al. (2020) retient la surface corporelle exposée parmi les facteurs susceptibles de moduler les effets perceptifs et thermorégulateurs du menthol. La région du corps intervient également, car la sensibilité thermique n’est pas uniforme.
Les études disponibles combinent souvent différences de concentration, de surface et de région corporelle. Elles ne permettent donc pas d’isoler une relation générale entre surface traitée et intensité de la fraîcheur.
Sait-on à quelle fréquence pulvériser un hydrolat de menthe poivrée pour maintenir une sensation de fraîcheur ?
Les données examinées ne permettent pas de définir un intervalle d’application d’un hydrolat de menthe poivrée pour maintenir une sensation de fraîcheur.
Les études sur les applications répétées concernent du menthol administré selon des protocoles expérimentaux spécifiques, notamment pendant l’exercice. Elles ne peuvent pas être directement transposées à la pulvérisation cutanée d’un hydrolat.
Ces travaux indiquent par ailleurs que la réponse perceptive au menthol peut diminuer lors d’expositions répétées.
Aucune fréquence d’application d’un hydrolat n’est donc établie par les données examinées.
Sudation et réponses thermorégulatrices
Transpire-t-on moins après avoir appliqué du menthol, et est-ce souhaitable lorsqu’il fait chaud ?
Le menthol ne diminue pas systématiquement la transpiration, et une diminution de la sudation n’est pas nécessairement souhaitable lorsqu’il fait chaud.
Kounalakis et al. (2010) ont observé un retard de la sudation après application de menthol à 4,6 % sur une grande partie de la surface corporelle. D’autres études n’observent pas cette diminution. Barwood et al. (2025) ont même mesuré une production totale de sueur plus élevée avec un gel mentholé. La méta-analyse de Keringer et al. (2020) ne montre pas d’effet global significatif sur la production de sueur.
Lorsque la sueur peut s’évaporer, la transpiration participe à la dissipation de chaleur. Une réduction de la sudation ne peut donc pas être considérée, en elle-même, comme un avantage thermique.
Certaines zones cutanées sont-elles plus sensibles que d’autres à l’effet rafraîchissant du menthol ?
La région du corps peut influencer la fraîcheur perçue avec le menthol, mais peu d’études ont comparé directement différentes zones cutanées.
Le consensus de Barwood et al. (2020) indique que la poitrine, le visage et la nuque semblent faire partie des régions les plus sensibles. Les données examinées ne fournissent pas d’élément comparable en faveur des poignets ou des pieds.
Une plus grande sensibilité perceptive d’une région ne signifie toutefois pas qu’une application sur cette zone refroidit davantage l’organisme ou améliore davantage sa thermorégulation.
Olfaction et chimesthésie nasale
La sensation de fraîcheur provoquée par le menthol dans le nez relève-t-elle de l’odorat ?
La fraîcheur provoquée par le menthol dans le nez ne relève pas uniquement de l’odorat : la chimesthésie nasale y contribue également.
L’olfaction permet de percevoir une odeur. La chimesthésie, principalement véhiculée dans le nez par le nerf trijumeau, correspond à la perception somatosensorielle de substances chimiques et peut produire des sensations de fraîcheur, de chaleur, de picotement, de brûlure ou d’irritation (Migneault-Bouchard et al., 2025).
Cometto-Muñiz et Cain (1990) ont montré que des sujets anosmiques pouvaient encore détecter le menthol. Frasnelli et al. (2011) ont aussi montré que des participants pouvaient identifier la narine exposée au menthol au-delà du niveau attendu par hasard, ce qui met en évidence une composante trigéminale.
Comment sait-on que le menthol stimule aussi le système trigéminal dans le nez ?
La composante trigéminale du menthol peut notamment être mise en évidence par un test de latéralisation.
Le principe consiste à présenter une substance à une seule narine et à demander au participant d’indiquer laquelle a été stimulée. Une substance exclusivement olfactive ne permet normalement pas d’identifier de manière fiable le côté stimulé. Une stimulation trigéminale suffisamment forte apporte en revanche une information spatiale.
Frasnelli et al. (2011) ont montré que le menthol pouvait être latéralisé significativement au-delà du niveau attendu par hasard. Cette expérience fournit une démonstration psychophysique d’une stimulation trigéminale nasale par le menthol chez l’humain.
Sait-on si le menthol inhalé active TRPM8 dans la muqueuse nasale humaine ?
Les études examinées ne démontrent pas directement que le menthol inhalé active TRPM8 dans la muqueuse nasale humaine.
Keh et al. (2011) ont montré que des fibres nerveuses exprimant TRPM8 sont présentes dans la muqueuse nasale humaine, notamment dans le sous-épithélium et autour des vaisseaux sanguins. Le menthol est par ailleurs un agoniste bien établi de TRPM8.
Cette étude démontre donc la présence du canal, pas son activation lors de l’inhalation de menthol. Le mécanisme est plausible dans cette situation, mais il n’est pas directement démontré par les études examinées.
La chimesthésie nasale se résume-t-elle à une sensation d’irritation ?
La chimesthésie nasale ne se résume pas à l’irritation et peut produire plusieurs qualités sensorielles.
Frasnelli et al. (2011) montrent par exemple que le menthol et le 1,8-cinéole sont principalement décrits comme froids et frais, tandis que l’isothiocyanate d’allyle est davantage décrit comme piquant, brûlant et âpre.
Selon le stimulus et les mécanismes recrutés, la chimesthésie peut ainsi contribuer à des sensations de fraîcheur, de chaleur, de picotement, de brûlure ou d’irritation (Migneault-Bouchard et al., 2025).
L’olfaction seule peut-elle expliquer la fraîcheur ressentie en sentant une huile essentielle de menthe poivrée ?
Les études examinées ne permettent pas d’attribuer à l’olfaction seule la fraîcheur ressentie lors d’une exposition nasale à la menthe poivrée.
Avec le menthol, l’odeur et la fraîcheur chimesthésique ne deviennent pas nécessairement perceptibles au même niveau d’exposition. Dans l’essai pilote de Renner et Schreiber (2012), une concentration était détectable par l’odorat, tandis qu’une concentration plus élevée produisait aussi une sensation de fraîcheur.
Pour isoler un effet de l’olfaction, il faudrait mesurer la sensation thermique à une exposition perceptible par l’odorat mais insuffisante pour produire une réponse chimesthésique. Parmi les études examinées, aucune n’a réalisé cette démonstration.
D’autres odeurs peuvent modifier les jugements thermiques, mais ces travaux ne permettent pas non plus d’établir ici un effet propre à l’olfaction de la menthe poivrée.
Le menthol peut-il procurer une sensation de fraîcheur dans le nez sans refroidir la muqueuse nasale ?
Les données disponibles sont compatibles avec une dissociation entre perception nasale et température de la muqueuse, mais elles ne démontrent pas directement cette relation pour la fraîcheur ressentie.
Lindemann et al. (2008) n’ont pas observé de modification statistiquement significative de la température de la muqueuse nasale après inhalation de (−)-menthol, alors que les participants rapportaient une modification de leur perception nasale.
Les auteurs n’ont toutefois pas mesuré directement l’intensité d’une sensation de fraîcheur. Cette étude ne permet donc pas de quantifier la relation entre fraîcheur ressentie et température de la muqueuse.
Lorsqu’on pulvérise un hydrolat de menthe poivrée sur la peau, la chimesthésie nasale et l’olfaction peuvent-elles contribuer à la fraîcheur ressentie ?
Une contribution de la chimesthésie nasale et de l’olfaction à la fraîcheur ressentie après pulvérisation d’un hydrolat est plausible, mais elle n’a pas été directement démontrée ni quantifiée.
La pulvérisation expose le nez à des composés volatils. Le menthol possède une composante chimesthésique nasale chez l’humain et peut également être perçu par l’olfaction. Aucune des études examinées n’a toutefois isolé ces contributions lors de la pulvérisation cutanée d’un hydrolat de menthe poivrée.
La fraîcheur ressentie doit donc être considérée comme potentiellement multifactorielle : évaporation de l’eau, action cutanée du menthol, chimesthésie nasale et olfaction peuvent intervenir simultanément. Leur contribution respective n’a pas été quantifiée.
Menthol et perception de la respiration
Le menthol améliore-t-il réellement le passage de l’air, ou surtout la sensation de mieux respirer ?
Le menthol peut améliorer la sensation de respirer sans amélioration correspondante des paramètres de perméabilité mesurés.
Lindemann et al. (2008) ont exposé 18 volontaires sains à des vapeurs de (−)-menthol. Seize participants sur 18 rapportaient une amélioration de leur respiration nasale, alors que le débit nasal mesuré par rhinomanométrie ne changeait pas significativement.
Pereira et al. (2013) ont observé une dissociation comparable : neuf sujets sur dix déclaraient respirer plus facilement, sans diminution significative de la résistance des voies aériennes supérieures ni modification significative de la fréquence respiratoire ou de la ventilation-minute.
Ces résultats montrent une modification de la perception respiratoire sans démonstration d’une ouverture correspondante des voies aériennes.
Le menthol peut-il réduire l’inconfort respiratoire ou la dyspnée ?
Le menthol peut réduire l’inconfort respiratoire ou la dyspnée dans certaines situations expérimentales précises.
Chez onze volontaires sains respirant contre une charge résistive ou élastique, Nishino et al. (1997) ont observé que l’inhalation nasale de (−)-menthol réduisait significativement l’inconfort respiratoire, sans modification significative du schéma respiratoire ni de la ventilation.
Vanden Bossche et al. (2026) ont également observé, chez trente adultes sains respirant contre une forte résistance, une diminution de la dyspnée, de la sensation de manque d’air et de l’effort mental associé à la respiration.
Ces résultats ne permettent pas de conclure à un effet général du menthol sur toute dyspnée ni à une amélioration générale de la fonction respiratoire.
Sait-on pourquoi le menthol peut modifier la perception de la respiration ?
Les données examinées suggèrent que le menthol peut modifier le traitement sensoriel et central de la respiration, sans permettre d’attribuer cet effet à un mécanisme unique.
Dans l’article, la perception de la respiration n’est pas considérée comme une modalité sensorielle distincte de la chimesthésie et de l’olfaction. L’effet observé lors de l’inhalation de menthol est rattaché principalement à la stimulation sensorielle des voies aériennes supérieures et à son traitement central.
Vanden Bossche et al. (2026) n’ont pas observé de modification significative de la commande nerveuse de la respiration avec le menthol, désigné « L-menthol » par les auteurs. Leurs données électroencéphalographiques étaient en revanche compatibles avec une modification plus tardive du traitement cérébral des sensations respiratoires.
L’effet du menthol sur la perception de la respiration est-il lié à la sensation de fraîcheur ?
Les études examinées n’établissent pas de lien causal entre la modification de la perception respiratoire par le menthol et la sensation de fraîcheur.
Le menthol peut produire une sensation de fraîcheur par chimesthésie et, dans d’autres protocoles, modifier la perception de la respiration. Aucune des études examinées n’a cependant montré que l’amélioration perçue de la respiration ou la diminution de l’inconfort respiratoire résulte de la fraîcheur ressentie.
Ces deux effets doivent donc être distingués tant que leur relation n’a pas été directement étudiée.
Peut-on conclure qu’une huile essentielle de menthe poivrée facilite la respiration parce qu’elle contient du menthol ?
La présence de menthol dans une huile essentielle de menthe poivrée ne suffit pas à conclure qu’elle facilite la respiration.
Les études sur la perception respiratoire citées dans l’article ont utilisé du menthol isolé dans des conditions expérimentales définies. Elles n’ont pas évalué l’inhalation d’une huile essentielle de menthe poivrée comme intervention équivalente.
Une huile essentielle est un mélange de nombreux constituants, et l’exposition au menthol dépend notamment de sa teneur, de la quantité utilisée, de la voie d’administration et des conditions d’exposition.
Les effets observés avec du menthol isolé ne peuvent donc pas être transposés directement à l’huile essentielle ni être interprétés comme une amélioration démontrée de la fonction respiratoire.
La perception de la respiration peut-elle contribuer à la fraîcheur ressentie après pulvérisation d’un hydrolat de menthe poivrée ?
La contribution de la perception respiratoire à la fraîcheur ressentie après pulvérisation d’un hydrolat de menthe poivrée n’a pas été établie.
La pulvérisation peut exposer le nez à des composés volatils, et l’inhalation de menthol peut modifier la perception de la respiration dans certains protocoles expérimentaux. Aucune des études examinées n’a cependant relié cette modification à la fraîcheur ressentie lors de la pulvérisation d’un hydrolat.
La fraîcheur ressentie peut être envisagée comme potentiellement multifactorielle, avec une contribution possible de l’évaporation de l’eau, de l’action cutanée du menthol, de la chimesthésie nasale et de l’olfaction.
Une contribution supplémentaire de la perception respiratoire reste non démontrée et non quantifiée.
Huile essentielle, hydrolat et sensation de fraîcheur
Peut-on transposer à une huile essentielle riche en menthol la sensation de fraîcheur observée avec du menthol isolé ?
Les résultats obtenus avec du menthol isolé ne permettent pas de prédire directement la réponse sensorielle d’une huile essentielle riche en menthol.
Les études physiologiques examinées utilisent principalement du menthol isolé dans des formulations, concentrations et conditions d’exposition définies. Une huile essentielle est un mélange complexe dont la teneur en menthol ne représente qu’un élément de l’exposition.
La dilution, la quantité appliquée, la surface exposée, la formulation et les autres constituants peuvent également intervenir.
La présence d’une forte proportion de menthol rend une contribution à la fraîcheur plausible, mais elle ne permet pas de supposer une réponse identique à celle observée avec une concentration équivalente de menthol isolé.
La fraîcheur ressentie avec un hydrolat de menthe poivrée vient-elle réellement du menthol ?
Le menthol peut contribuer à la fraîcheur ressentie avec un hydrolat de menthe poivrée, mais cette contribution n’a pas été directement démontrée.
Le menthol a été identifié dans plusieurs hydrolats de menthe poivrée et, appliqué isolément sur la peau, il peut produire une sensation de fraîcheur. Aucune des études examinées n’a toutefois mesuré directement sa contribution après application cutanée d’un hydrolat.
D’autres mécanismes peuvent intervenir simultanément, notamment l’évaporation de l’eau, la chimesthésie nasale et l’olfaction. Les différences individuelles de sensibilité peuvent également modifier la perception.
La présence de menthol ne suffit donc pas, à elle seule, à lui attribuer la fraîcheur ressentie.
La concentration en menthol d’un hydrolat de menthe poivrée suffit-elle à expliquer la sensation de fraîcheur après pulvérisation ?
La concentration en menthol d’un hydrolat ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la fraîcheur ressentie après pulvérisation.
Dans l’hydrolat étudié par Garneau et al. (2014), la concentration en menthol peut être estimée à environ 163 mg/L, soit 0,016 % m/V. Cette valeur concerne cet hydrolat particulier.
Les études cutanées sur le menthol utilisent d’autres formulations et d’autres conditions expérimentales. Elles ne permettent pas d’établir, à partir de cette concentration, la contribution du menthol dans un hydrolat.
Lors d’une pulvérisation, la fraîcheur ressentie peut résulter de l’évaporation de l’eau, de l’action cutanée du menthol, de la chimesthésie nasale et de l’olfaction. La contribution respective de ces mécanismes n’a pas été quantifiée.
L’effet de fraîcheur du menthol explique-t-il aussi son action antidouleur ?
La sensation de fraîcheur ne suffit pas à expliquer l’action antalgique du menthol.
L’article distingue explicitement ces deux effets. La fraîcheur résulte notamment de l’activation de voies sensorielles impliquées dans la perception du froid. L’action antalgique du menthol est, quant à elle, en partie liée à des effets antinociceptifs et relève d’autres mécanismes.
Ces mécanismes antalgiques ne sont pas examinés dans cet article. L’intensité d’un effet antidouleur ne peut donc pas être déduite de l’intensité de la fraîcheur ressentie.
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